Paralpinisme : le Dôme des Ecrins

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En ce début de mois d’août écrasant de chaleur, la motivation est là pour aller chercher le frais en altitude, et aussi (et surtout ?) utiliser le tout nouveau biplace Sir Edmund du club, reçu quelques jours avant.
Début juillet nous étions montés au Pelvoux avec Ronald. Cordée de 2. Redescente en biplace avec le modèle de démo gentiment prêté par Mika Shop en attendant le livraison de celui du club.
Pour cette fois nous cherchons aussi une course relativement facile pour emmener + de monde pour « monter en compétences » dans ce genre de sorties, notamment avec des volants solo. Nous jetons notre dévolu sur le Dôme des Ecrins. Mais nous gardons en tête l’envie de passer par la Barre du même nom, bien plus excitante et technique. Mais nous verrons bien sur place et le moment venu si c’est envisageable.
Avec quelle équipe alors ? Certains parapotes « de confiance » que nous connaissons déjà ne sont pas trop dispos et/ou blessés, nous nous retrouvons finalement à 5 vendredi soir au Pré de Madame Carle : Cécile M, Marie K, Bahuch’, Roro et moi-même. Mais Cécile et Bahuch’ sont très incertains pour cause de réminiscences de blessures.
Nous partons quand même tous les 5 samedi matin en direction du glacier blanc. Rando « familiale ».


Pause casse-croûte au refuge du glacier blanc au milieu des touristes. Les 2 éclopés s’arrêtent là, et nous poursuivons, Marie K, Roro et Bibi jusqu’au refuge des Écrins. Il faut passer par le glacier blanc, nous nous encordons donc.
Il y avait un risque d’orage annoncé mais finalement ils ne sont pas là. Tout au plus quelques gouttelettes reçues sur la terrasse du refuge en début de soirée. Pour le lendemain, la tendance orageuse se renforce et les complications sont annoncées en tout début d’après-midi. Faudra pas traîner.
D’autre part le gardien nous informe que les couloirs pour monter à la Barre sont en très mauvaises conditions. Donc à priori nous devrons renoncer à l’idée de la Barre, ni par un couloir (dangereux), ni en traversée de l’arête (trop long).
Glandouille sur la terrasse du refuge, au soleil, en sirotant une bonne bière « made by Alphand » (un célèbre chasseur de bouquetins de la région). Nous en profitons pour repérer d’éventuels atterros en contrebas, pas trop crevassés, sur le glacier. Sait-on  jamais, normalement ça passe largement en finesse, mais si le vent venait à nous contrer au dessus du glacier, nous ne serions pas totalement pris au dépourvu.
Petite sieste avant le repas du refuge à 18h30, puis au dodo vers 20h. Étonnamment, le refuge est à moitié plein (ou à moitié vide c’est selon), mais nous ne nous en plaindrons pas. Un groupe d’espagnols aux vocalises puissantes suffit largement.

La nuit est courte, mais elle parait interminable. Le sommeil est très difficile à trouver. Pas de doute, nous sommes à 3100m, les effets de l’altitude et de l’eau de fonte de glacier (sans minéraux) consommée tout l’après-midi se font sentir. Le réveil à 3h15 sonne comme une délivrance même si ça pique quand même un peu.
Petit déjeuner, préparation, … nous quittons le refuge à 4h. Direction le glacier blanc quelques dizaines de mètres en dessous. Le réveil musculaire est difficile dans la descente, ça tire déjà sur les cuisses. Ça promet.
De fins nuages sont encore présents sur la montagne. Loin vers l’Est nous voyons même quelques éclairs qui illuminent la nuit. Mais il parait que ça va complètement se dégager. La marche d’approche sur le glacier est longue, en pente montante douce jusqu’au pied du Dôme. Nous devinons la silhouette de la Barre dans la pénombre. Et à chaque fois que nous levons les yeux de nos crampons illuminés à la frontale, force est de constater que ça n’a pas beaucoup avancé. Mais ça a l’avantage de nous échauffer gentiment avant d’attaquer les choses sérieuses. Dès lors le tonus revient gentiment même si, vue l’heure matinale, ça se passe « comme dans un rêve » : les pensées divaguent, les pas s’enchaînent tout seuls…
Et nous voilà finalement dans la face, dominés et menacés par d’impressionnants séracs. Réveil. Le vrai. Nous ne traînons pas.
Et nous cheminons ainsi, lacets, crevasses, séracs, pentes, c’est de plus en plus imposant. Le soleil se lève. Ambiance.

Notre cordée avance bien, le rythme est régulier. Je suis bien dans l’effort, je crois que mes compères aussi. Nous sommes parmi les premiers pour passer la rimaye du Dôme. Parfait. Roro visse une broche pour assurer le coup, et nous voilà à la brèche Lory. Le Dôme est tout proche, nous l’atteignons rapidement. Contents ! La première partie de la course est validée.
La vue de là-haut est tout bonnement magnifique. Je ne m’attendais pas à ça, à une telle domination sur tout le massif, et surtout le glacier blanc qui s’étire bas et loooooin sous nos pieds. A vrai dire j’ai l’impression d’être déjà en vol.

Le vol. Pensons-y. Les faces Est commencent à chauffer, les cums commencent à se former de l’autre côté de la Barre. L’instabilité annoncée est bien là. Pendant toute la montée je suis resté attentif au vent. Il est Nord-Ouest, conformément aux prévisions. Donc pas idéal (complètement travers gauche voire cul). Mais faible, nous trouverons  bien un ressaut pour décoller en espérant que le soleil fera chauffer un peu le biniou pour redresser ou annuler tout ça.

Retour à la brèche Lory. De nombreuses cordées arrivent au passage de la Rimaye. Du coup mes compagnons expérimentés décident de faire un rappel depuis la brèche Lory, c’est ludique et ça nous évitera d’avoir à croiser des cordées dans une zone pas super confortable. OK patrons. Mais à la brèche, le groupe de 4 espagnols entreprend de prendre pieds sur l’arête de la Barre. Et ce n’est pas si simple manifestement. Du coup on patiente de longues minutes avant d’avoir accès aux sangles et anneau pour notre rappel. L’heure tourne, il est 9h passées et nous nous sommes fixés 10h comme limite de décollage. La tension monte un poil. D’autant qu’à ce moment nous avons une bonne petite brise de face qu’il serait dommage de négliger plus longtemps, comme un bon vin arrivé à maturité.
OK, les espagnols sont passés, le rappel est à nous. Notre seule corde de 50m suffira ? Ouais, boah y’a pas 25m de vide là, ça passe laaaarge. Mais bon, dans le doute on envoie quand même Marie K en premier pour tester le truc (pas fous les gars) !
Nous prenons pieds sous la rimaye. Là le vent est quasi nul en permanence. Petit pipi de rigueur et nous sortons les voiles, dans une pente qui nous parait adaptée, sous le regard envieux des autres cordées qui vont bientôt devoir redescendre et se taper les 2200m de descente et sans doute au moins 6h de marche.

Nous fermerons le déco en biplace avec Roro, Marie K s’élance la première en solo. Encore. Très bon fusible dis donc ;). Déco impeccable, la voile monte bien, la course est bonne, la prise en charge aussi. Tiens, c’est quoi qui pendouille à l’arrière de son sac ? Drôle de façon d’accrocher son piolet, tête en bas, nous disons nous. On dirait une ancre.
C’est à nous. Vent nul. Quand c’est bon n’attends pas que ce soit meilleur. Go. Bonne impulsion, le Sir Edmund monte tout seul et rapidement au dessus de la tête, ça c’est un vrai plaisir avec ces mono-surface. Il est temps d’accélérer la course. Pas facile en biplace avec les crampons aux pieds. La prise en charge met du temps à venir, il faut encore cavaler de longs mètres. Dans la course, malheureusement, je mets un bon coup de crampons dans l’arrière de la cheville de Ronald. Ça lui pique qu’il dit. Chochotte ! Moi j’ai rien senti. Nous trébuchons mais rattrapons le coup et continuons notre course, nous sommes enfin pris en charge par l’aile et nous décollons. Yeeeeeaaaaah !

En vol c’est magique. Outre la joie de ne pas avoir à se taper la looooongue descente à pieds, le panorama offert est tout bonnement époustouflant. L’air est calme, nous profitons. Nous cheminons en plein milieu du glacier blanc.
J’accélère pour dépasser Marie K qui ne se sent pas très à l’aise de poser en preum’s au Pré (pas si bon fusible que ça en fait ;)). Quelques barbules forment sur les faces Sud-Est vers Cordier. Mais la position de vol n’est pas confortable du tout, Roro est compressé vers l’avant par son sac, moi j’ai les jambes engourdies à cause des patelettes de la sellette string, nous traçons directement vers l’atterro du Pré de Madame Carle après un coucou aux occupants du refuge des Ecrins.

L’atterro approche, vient le moment de l’enlevage des crampons. Car il est quasiment hors de question de poser dans l’herbe avec. En cas de chute, il y aurait moyen de se blesser (quoique Roro commence à être habitué de toutes façons ;)).
Alors nous appliquons la même technique qu’au Pelvoux : c’est Roro qui se charge de les enlever, les siens et les miens. Et il les garde en mains jusqu’à être en finale et là c’est opération « crampons largue ! » (façon goldorak).

Le Sir Edmund, comme tout bon mono-surface, est délicat à poser. Très difficile de trouver la ressource, c’est mon 4ème vol avec et je n’ai toujours pas trouvé le mode d’emploi par brise nulle (car elle est nulle). J’accélère à 75%. Grosse finale de Boeing 747. Mais le sol arrive vite, gros freinage (plus tôt qu’au Pelvoux où il avait été trop tardif et avions fini en glissade sur le cul dans l’herbe humide), mais ça ne ralentit pas beaucoup non plus, pas de ressource et nous touchons terre assez fort. Aieuh les chevilles engourdies. Mais nous parvenons à rester debout, l’honneur est sauf, et pas si pire manifestement. Ronald enlève sa chaussure pour regarder ce qu’il en est du coup de crampons du déco. Ah ouais quand même ! Y’a un beau trou, heureusement à côté du tendon. Vient le tour de Marie K. Bel atterro avec les crampons aux pieds (elle n’a pas de passager pour les lui enlever en vol, elle).

Et nous voilà posés à quelques dizaines de mètres du camion, quelques 20 minutes après le déco. 2200m plus bas. C’est tout bonnement surréaliste. Tout sourires nous prenons notre temps pour plier en refaisant le match. A la fin Marie K s’étonne :
– « Tiens il est où mon piolet ? »
– « Le truc qu’on a vu pendouiller sous ton sac après ton déco ? Oh ben il doit être quelque part bien planté au milieu du glacier blanc à l’heure qu’il est ! »

Au parking, nos compagnons de la veille ne sont pas là. Nous trouvons le camion de Cécile à Ailefroide, avec un mot dessus annonçant qu’ils sont partis faire une voie d’escalade. Nous nous posons donc à Ailefroide, en terrasse (en herbe), sous les arbres, pour prendre un rafraîchissement puis un apéro (notez la distinction), puis une bien belle assiette de crudités, charcuterie et autres produits locaux. Miam. Petit café pour conclure. On l’a bien mérité.
En début d’après-midi le ciel se charge, la pluie arrive. Les premiers coups de tonnerre aussi. Nous pensons aux autres cordées qui doivent être dans la descente, en espérant qu’ils n’ont pas trop traîné là haut.
Nous pensons aussi aux 2 grimpeurs dans leur voie d’escalade. Mais ils finissent par arriver. Trempés. Ils ont pu finir leur voie en 4ème vitesse sous la pluie.
Debriefing et bonne bières fraîches tous les 5 dans le camion à l’abri de la pluie, et il est temps de rentrer.
Et le retour est long. Outre des chutes de pierres qui me défoncent l’aile arrière du camion en cours de route, nous tombons sur de beaux bouchons vers Vizille. Grrrr. Sans doute les grenoblois qui rentrent après avoir fui la chaleur citadine en journée. Bref, vivement la maison et la douche.

En conclusion, encore une bien belle sortie. Nous engrangeons de l’expérience, et ce biplace est un vrai bonheur pour réaliser de telles sorties. Merci le GUC Parapente !

PS : la sortie n’a pas été proposée « urbi et orbi » sur la liste du GUC car le pack paralpinisme n’est pas encore complet, et il faut qu’il le soit pour pouvoir le faire. D’autre part il s’agit de sorties en haute montagne, et pour qu’elles se déroulent dans de bonnes conditions de sécurité il faut pouvoir maîtriser le nombre de cordées et le nombre de personnes par cordée. Pas question de partir à 20 ! Ce ne sont pas de simples randos dans de la montagne à vaches… Nous expliquerons tout cela dans une charte lorsque nous lancerons officiellement l’activité.
(edit 04/10/2018 : récit rédigé mi août. Depuis la coupe Icare fin septembre, le pack est complet : aile + sellettes + secours)

PS bis : nous invitons tous les biplaceurs (aspirants) paralpinistes à réaliser des vols d’essai sur site avec le Sir Edmund. Ses spécificités, notamment à l’atterro, méritent de se faire la main dessus. En attendant que le pack soit complet, vous pouvez emprunter les sellettes d’un autre bi du club.

PS ter : notre prochaine tâche est de fabriquer des bouchons de crampons, pour les pointes avant, pour éviter de reproduire la blessure du jour. Nous les fabriquerons de telle sorte qu’ils puissent s’adapter sur une majorité de crampons et nous les laisserons en permanence dans le pack voile+sellettes de paralpi.

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